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Entretien avec Abdelaziz Atiqui, universitaire et expert en Droit du Travail

L’inflation syndicale n’a pas de raison d’être

mercredi 2 mai 2007, par fdt

Pour Abdelaziz Atiqui, l’action revendicative doit se baser sur des données à la fois concrètes et précises.

Libé : Quel constat dressez-vous de la situation des syndicats actuellement ?

Abdelaziz Atiqui : Il paraît que le monde syndical souffre lui aussi de la balkanisation, puisqu’il y a eu pullulement de syndicats de manière fort remarquée. Avant on concevait le pluralisme comme un moyen à même de permettre de dynamiser l’exercice de la liberté d’expression et de choix et un levier pour lutter contre tout monopole syndical. Ce pluralisme est devenu le symptôme d’un mal puisque les choix ne s’opèrent plus au vu des options et des choix doctrinaux, mais sont des réactions à caractère organisationnel ou catégoriels. Ce qui ajoute de nouveaux schismes au corps syndical à un moment où il vbesoin de cohésion en vue de secréter de nouveaux idéaux faire face aux exigences imposées par cette étape politique et économique que nous vivons.

Et C’est une contradiction qui m’inquiète en tant que personne intéressée par par l’activité syndicale car ce pluralisme ne paraît pas comme sous-tendu par un programme ou par une stratégie chez de nombreux intervenants alors que ces plans d’action sont nécessaires au niveau organisationnel puisqu’ils permettent de renforcer les capacités des syndicats et leur présence dans les secteurs économique et politique ; voire simplement dans celui de la revendication et ce à la lumière de l’évolution du Maroc.

Cette absence de programme impacte négativement l’action syndicale puisqu’il l’ouvre sur les dangers de subjectivité et diminue ses actions orientée, structurées et claires. Elle nuit également aux énergies et au savoir-faire des travailleurs, ce qui est, à mon avis une perte grave. C’est pour cela qu’il faut ouvrir un débat concret sur la possibilité de réduire cette balkanisation surtout pour certaines organisations, émanant de la volonté de défendre le pouvoir syndical et encourager ses potentiels structurels et ses exigences.

Personnellement, je pense que les intellectuels s’intéressant à la vie syndicale et les journalistes doivent faire partie de ce débat pour mettre en lumière et assurer le suivi de ce débat. Pour ce, il suffit de mettre à l’écart les obstacles psychologiques et personnels

Est-ce que cela veut dire que vous appelez à une union structurelle pour diminuer le nombre des syndicats ?

Et pourquoi pas ? Mais je suis conscient que ce n’est pas une chose facile car il faut dépasser soi-même et entrer dans une phase d’élaboration des programmes de travail unitaire sur le plan de la formation et du militantisme, une phase qui nous permettra de nous unir pour le bien de la vie syndicale loin du danger de la balkanisation mais aussi pour donner à l’image syndicale la clarté et l’efficience nécessaires. On remarque la dégradation de la situation des salariés et la baisse de leur taux de syndicalisation. Qu’en pensez-vous ? Dans le droit fil de ce qui précède, d’autres retombées sont à signaler. Il s’agit de la précarité, du recours à la sous-traitance et à l’externalisation des services, à l’intérim, aux entreprises fictives et au secteur informel. C’est pour cela que les syndicats se positionnent mieux dans les établissements publics et semi-publics alors que dans les établissements privés ...

A vrai dire, le taux de la syndicalisation va décliner davantage si on ne révise pas les méthodes d’adhésion aux centrales et d’action syndicale de nature à répondre mieux aux attentes des salariés et aux exigences du monde économique et social. Ce qui veut dire qu’il faut être en mesure de négocier avec le patronat et proposer des solutions alternatives pour le bien des salariés mais aussi des entreprises. Car les entreprises et les salariés courent le même risque de déclin s’ils ne sont pas compétitifs.

Ceci nous amène à évoquer les influences de la mondialisation sur l’action syndicale ?

Les influences de la mondialisation sur l’action syndicale se sont faits notoires dans les pays développés qui accusent un recul du taux de syndicalisation. Il y a lieu de relever que les doléances syndicales ont également changé pour que les requêtes se rapportent désormais à la sauvegarde de l’emploi, au renforcement de la compétitivité des entreprises et la demande de la participation effective des employés. Au Maroc, l’action syndicale ne peut rester à l’écart de ces changements, ignorant les contraintes dictées par la mondialisation sur l’environnement socio-économique. Prenant compte de ces nouvelles donnes, il est impératif de suivre la cadence et d’accorder l’intérêt qui se doit à la formation syndicale, à la révision des modes de gestion, ainsi que celle des revendications et des programmes syndicaux. Il est inconcevable d’ignorer la situation et les contraintes d’une entreprise dans les requêtes syndicales. L’instance syndicale doit assimiler les dossiers et fonder son action revendicative sur des données aussi concrètes que précises. Le syndicat sectoriel doit veiller au renforcement de la capacité de compétitivité de l’entreprise, mesure qui se conçoit comme étant une revendication et non une trahison à l’action syndicale. Celle-ci s’est développée historiquement à partir d’une conscience syndicale économique pour atteindre une conscience syndicale sociale. Un processus qui a débouché sur le fait que les revendications quantitatives économiques ont pris un aspect qualitatif à caractère social. Un changement exprimé dans le discours syndical français à travers un dicton fort connu : "On veut du pain et des roses aussi". Les contraintes de la mondialisation ont amené donc les acteurs syndicaux à revoir leurs doléances, axant leurs revendications, entre autres, sur l’appel aux négociations périodiques, le renforcement des services sociaux et de capacité de la compétitivité de l’entreprise et la protection de la stabilité de l’emploi. Partant de là, il est tout à fait normal de voir émerger d’autres revendications se rapportant à la formation et à la formation continue, ainsi que la dynamisation de toutes les formes de la participation professionnelle au sein de l’entreprise.

Qu’en est-il du code du travail et comment a-t-il géré les libertés syndicales et les contraintes de la mondialisation ?

Les contraintes et influences de la mondialisation ont été présentes lors de l’examen du projet du code du travail. L’on a remarqué le recours à plusieurs slogans comme le soutien de l’entreprise, la souplesse de l’emploi et des conditions du travail, l’entreprise-citoyenne, le syndicat-entreprise. Des expressions relatées dans la presse, les communiqués et positions des partenaires sociaux. Ce qui veut dire que le code du travail devait apporter des réponses à ces questions.

Le code du travail devait également se conformer avec la législation internationale, notamment les conventions de l’Organisation mondiale du Travail et, en particulier, celles promulguées par le Maroc et qui sont au nombre de 48 conventions. Le code du travail devait également rapprocher la législation sociale à celle européenne en raison de l’association qui lie les deux parties.

De ce fait, le code a introduit des dispositions qui favorisent l’entreprise marocaine lui offrant notamment la flexibilité en matière d’emploi ainsi que la possibilité de réduire le salaire ou de procéder au licenciement pour des motifs économiques, technologiques ou de restructuration. Le code a également prévu des dispositions consolidant la liberté syndicale et la présence d’une représentativité syndicale au sein de l’entreprise à côté de la représentativité professionnelle à travers un délégué des salariés et l’instauration de la participation professionnelle par le biais de la commission d’entreprise et celle de la sûreté et de la santé.

Effectivement, il est question d’effectivité puisque il est nécessaire d’aboutir à la conviction chez les parties de la production que l’appui à l’entreprise et le développement de sa capacité compétitive n’est possible qu’avec le renforcement des organisations syndicales et l’amélioration du niveau de négociations ainsi que de la participation à la gestion de l’entreprise.

Il est clair que la lutte contre les contraintes de la mondialisation n’étaient pas exclues du débat sur le code du travail. N’empêche, que cette législation a pris en compte les exigences de l’entreprise et la protection de la liberté syndicale des salariés.

Ces contraintes, nécessitent, me semble-t-il un changement des attitudes des parties à la production. Il faut obligatoirement rompre avec les anciennes méthodes et d’engager des négociations sérieuses pour faire face aux obstacles et difficultés qui entravent le développement de l’entreprise et la consolidation de sa compétitivité.

Je suis convaincu qu’un grand effort est indispensable en matière de formation, de culture ouvrière et de gestion des ressources humaines des entreprises. Les expériences internationales ont démontré que l’investissement en ressources humaines est des plus importants. C’est une arme puissante contre les contraintes de la mondialisation. La réalité nous démontre d’ailleurs que la plupart des entreprises ont fermé à cause d’un déficit aigu en compétences humaines.

De ce fait, je considère que le code du travail a mis en place un cadre de négociations collectives et professionnelles. Il faut, par conséquent, être convaincu de l’utilité économique et sociale de la négociation collective et professionnelle comme outils de gestion des rapports professionnels.

Propos recueillis par M.S

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