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Entretien avec Abdelhamid Fathi

La FDT exige la révision du champ syndical

mercredi 2 mai 2007, par fdt

Abdelhamid Fathi, adjoint du secrétaire général de la FDT, conseiller à la deuxième Chambre et secrétaire général du Syndicat national des postes, dresse, entre autres, l’état des lieux du syndicalisme marocain.

Libé : Pouvez-vous nous faire l’état des lieux du syndicalisme au Maroc ?

Abdelhamid Fathi : La situation actuelle du syndicalisme au Maroc est le prolongement d’une étape qu’a connue le Maroc pendant trois décennies, depuis le début des années 70 jusqu’à la fin des années 90. La perception de l’action syndicale pendant cette époque est autre que celle d’aujourd’hui. Grand paradoxe : développement du champ politique en général et stagnation du syndicalisme. Le syndicalisme ne parvient pas à accompagner les mutations et changements opérés dans le premier domaine.

Le pluralisme syndical, en principe, ne pose pas problème, mais le pluralisme formel en est un, que ce soit au niveau de la relation entre le syndical et le politique ou le syndicat et le parti, soit au niveau du syndicat en tant que pensée, esprit pour défendre les intérêts et droits de la classe ouvrière. Les raisons d’être ou de création d’une grande partie des centrales ne sont pas les mêmes aujourd’hui (UMT, CDT, FDT), vu la situation qui prévaut actuellement. Au moment où l’on constate l’adhésion au processus démocratique que vit le Maroc aux niveaux de la volonté politique de l’Institution royale et les forces nationales et démocratiques, quelle est la position des centrales syndicales de ce changement ? Peut -être qu’elles profitent d’une manière ou d’une autre de ce changement, mais il n’y a pas d’accompagnement à travers l’assainissement du corps syndical aux niveaux de la démocratie interne, l’indépendance, la révision de la relation entre le syndical et le politique.

Quelles sont les mesures à prendre pour sortir de cette situation ?

Des projets et chantiers économiques, sociaux ou relatifs aux partis tels que la loi des partis et au champ syndical sont lancés. Dans ce dernier domaine, la volonté de l’Etat n’est pas claire : que veut l’Etat du syndicalisme et comment le perçoit-il ?

Pour être un interlocuteur puissant face à l’Etat, faut-il penser à s’unir ?

Sur le terrain, il n’y a que quatre syndicats qui ont la représentativité, suite aux élections professionnelles de 2003, qui participent dans les négociations avec le gouvernement.

Le nombre des syndicats atteignant actuellement 26 n’est pas fait pour faciliter le travail et disperse les efforts. Dans cette dispersion, il y a deux cas : le premier est relatif aux syndicats, s’ils ont la volonté d’opérer des changements et de s’autocritiquer à travers le respect de leurs lois (chaque syndicat dispose d’un statut). Actuellement dans certaines centrales syndicales qui meublent uniquement le champ syndical, personne ne sait si elles organisent des réunions, renouvellent leurs instances, tiennent leurs congrès, et prennent des décisions. Dans ce cas de figure et avec ce genre de gestion de l’action politique dans cette étape, ces centrales ne peuvent aucunement modifier quoi que ce soit. Il faut qu’il ait pression de l’autre partie pour la réforme des syndicats. C’est pour cela que la FDT exige que le champ syndical soit revu.

Actuellement, deux catégories de syndicats existent sur le terrain. Ceux dont a besoin le gouvernement pour faire l’échange pur et simple sur des dossiers précis. Le gouvernement ferme les yeux sur certains syndicats qui ont des fiefs historiques dont ils tirent profit malgré les dysfonctionnements dans la gestion et des déséquilibres financiers qui étaient relatés par la presse, mais personne n’a pris les décisions appropriées pour dénoncer cette situation. Si le gouvernement continue de protéger certains syndicats, il ne manifeste pas une volonté pour sortir de cette politique d’échange. Tout cela ne veut pas dire que la FDT a atteint ces objectifs. Mais la centrale a franchi des étapes importantes malgré son jeune âge et son travail s’est axé sur la démocratie interne et l’indépendance vis-à-vis de l’Etat et les partis.

On vous accuse de syndicat de l’USFP

Presque tous les militants de la FDT sont de l’USFP. Cela impose de revoir la relation entre le syndical et le politique. Du suivisme à un parti précis, le syndicat doit adhérer et croire à un projet sociétal du parti choisi. Des questions s’imposent : ce syndicat adhère et parraine ce projet, mais sans avoir l’étiquette du parti sur le front sociétal dans lequel il travaille. Malheureusement, même la FDT n’est pas encore arrivée à ce stade.

Revoir la relation entre le syndical et le politique, l’Etat doit afficher la volonté de réformer le champ syndical. La FDT a demandé à la Chambre des conseillers que les syndicats soient dotés d’une loi, à l’instar des partis politiques. Et il faut mettre un terme à ce que chaque parti dispose d’un syndicat dans un but uniquement de profit, alors que les intérêts et revendications des ouvriers sont relégués au second plan. Le taux des syndiqués au Maroc est très faible, et c’est une constatation de fait. Les centrales n’ont pas évolué en restant statiques. D’où la perte de crédibilité de ces centrales.

Quels sont les nouveaux moyens de travail et les discours adoptés pour cette étape ?

Rien n’a changé. C’est le maintien de la logique de l’opposition et non de la critique qui continue à exister. L’opposition pour l’opposition, pas plus. Il y a un gouvernement, il faut être de l’autre côté. Aucun syndicat ne prend l’initiative pour proposer et ouvrir un vrai débat sur les visions économiques du gouvernement, la politique de l’emploi, etc. La volonté du gouvernement est primordiale pour créer du dynamisme et changer cette situation.

La formation des militants est un handicap pour toutes les centrales ? Ce qui motivait les militants par le passé, c’est la logique de la lutte. D’un côté le gouvernement campe sur sa position et les syndicats de l’autre. A la fin des années 90, ceux qui menaient la lutte de la classe ouvrière sont rentrés dans un consensus avec l’Etat, ce qui a provoqué leur déception et ce pour la simple raison que leurs attentes étaient nombreuses et n’ont pu être satisfaites que partiellement. Donc, le premier Mai ne représente plus l’occasion d’exprimer leur mécontentement, faire entendre leur voix, entre autres slogans. En plus, tout syndicat peut manifester à tout moment, faire grève, sans attendre cette fête du travail qui n’a plus cette portée symbolique.

Autre élément important, c’est la modernisation des outils de travail. Le rythme de la modernisation de l’administration n’est pas celui des centrales qui, dans le domaine de la communication interne utilisent peu l’outil de technologie moderne. C’est un handicap majeur.

Par le passé, l’adhésion à un syndicat passe par le militantisme, être présent sur le front de la lutte garantit la responsabilité dans ses organes. Le militantisme n’est plus l’étiquette qui définit la position du militant dans n’importe quel syndicat. Le syndicat est devenu un refuge pour accéder à un poste, faire connaissance avec des responsables gouvernementaux en l’absence de critères définissant le vrai rôle d’un syndicaliste. Des critères, une formation et un profil précis doivent être exigés actuellement.

Si par le passé, c’est le vrai militant qui assumait la responsabilité, aujourd’hui le militant est devenu un nom, qui fait grève, proteste, ou qui tient tête à ses supérieurs. Une sorte de confusion s’est installée par la suite entre la responsabilité syndicale pour défendre de grands principes et les intérêts personnels.

Propos recueillis par Larbi Bouhamida

1 Message

  • Entretien avec Abdelhamid Fathi Le 18 octobre 2009 à 17:51 , par DABA

    Bonjour
    Comme depuis plus de 50 ans, l’avance et la dissimulation est de règle !
    Qu’en est il des valeurs idéologiques qui animent les syndicats ? Vous camperz toujours dans les valeurs arabo-islamiques, comme lors de la siscion du mouvement sydicalisme issu du protectorat.
    Qu’en est il de la laïcité ? pour ? contre ?
    Enfi un syndicalisme qui n’est pas neure sur le plan idéologique et religieux est-il encore un syndicat de travailleurs ? J’en doute !

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